Ecrits : CRI ( volet 3 )
Un peu plus loin au bout du couloir se trouve une porte blanche à double battant, flanquée sur la droite d’une guitoune insonorisée.
A l’intérieur, quelques écrans de surveillance, un bureau avec un ordinateur et un coin repos équipé d’un canapé, d’un home cinéma et d’une bibliothèque.
Délaissant l’ordinateur, un homme appuyé sur un pupitre, qui semble fait d’un bois très ancien, rédige une lettre, en marmonnant :
« Clair et concis, clair et concis… Oh puis M… »
A qui de droit :
Tout d’abord je tenais à vous remercier pour les nouvelles installations destinées à me distraire de cette attente. J’en déduis que vous avez bien reçu mon précédent mémo.
Cependant il semblerait qu’il y ai un malentendu.
A l’époque où j’ai accepté ce poste convoité, j’ai fais le serment de ne jamais rechigner à la tâche et vous êtes bien placé pour savoir que celle-ci n’était ni simple ni légère à porter.
Or il s’avère ces derniers temps le travail s’est raréfié de manière considérable. J’ai tenté de vous avertir de cette baisse d’activité, cependant je n’ai constaté aucune amélioration, bien au contraire. Aujourd’hui la situation est alarmante ! En effet, cela fait un long, très long moment que personne ne s’est présenté à la porte pour être admis à la franchir.
Les nouveaux arrivés préfèrent rester dans la section P, à laquelle a été rajoutée une aile. Ses pauvres âmes parviennent rarement à se détacher seules de leur vie pour s’incarner dans une nouvelle, quant aux autres elles ne croient pas suffisamment pour voir la porte. Pour exemple n’hésitez pas à consulter ci-joint les dossiers des pensionnaires 44 et 75. Tous deux bel et bien perdus entre leur vie passée et le chemin qu’il leur reste à parcourir. A tel point que l’un comme l’autre sont convaincus d’être dans un asile, malheureusement pas au sens ou vous l’entendez. Si le 75 semble satisfait de sa situation, c’est loin d’être le cas de 44 qui a laissé son ombre passer la porte sans elle. Ils se croient tous deux dans un hôpital psychiatrique et non pas dans l’antichambre du Paradis. Admettez qu’il y a de quoi rester perplexe.
Au sujet du pourquoi et du comment, vous trouverez toutes les données dans les différents mémos que je vous ai fournis au fil des siècles.
Je ne tacherais donc plus de vous convaincre de l’urgence d’un plan d’action. Si nous sommes effectivement une extrapolation de l’esprit humain destinée à l’aider pendant sa maturation spirituelle, (qui, je me permets de vous le faire remarquer, m’a plus l’air d’en être au stade de l’adolescent rebelle que de l’adulte plein de sagesse) cela veut dire que nous n’existons que par leur foi en nous.
La diminution considérable des admissions laisse à penser que cette foi est sur le point de s’éteindre, et nous avec.
C’est pourquoi je souhaiterais, avant qu’il ne soit trop tard, bénéficier d’un CRI. Vous trouverez tous les documents nécessaires en annexe de ce courrier, ainsi qu’une copie de la Convention Collective du Personnel Céleste qui, dans son article 5.62.5.4 stipule:
« Toute Ame au service de Dieu aura le droit une fois dans sa carrière à un Congé de Réincarnation Individuel. En outre les Archanges et les Saints de Grade III auront le privilège de choisir les conditions de leur CRI. Cette demande ne pourra leur être refusée qu’une fois et seulement en cas de surcharge de travail. »
Par conséquent, je vous serais gré de bien vouloir me retourner mon certificat de réincarnation dûment signé dans les plus brefs délais.
Veuillez également prendre note qu’il s’agit là de ma deuxième demande, la troisième sera adressée directement aux Prud’Ange.
Vous priant d’agréer mes salutations les meilleures.
Saint Pierre.


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